- RIOPELLE (J.-P.)
- RIOPELLE (J.-P.)RIOPELLE JEAN-PAUL (1923- )Peintre et sculpteur canadien. Peinture gestuelle avant tout, l’œuvre de Jean-Paul Riopelle, qu’elle s’intègre, selon les périodes de sa vie, dans la trop rigide classification de l’abstraction ou de la figuration, obéit à une seule donnée, celle de l’automatisme et du spontané. «Le tableau doit s’élaborer seul, dit-il, dans un état voisin de la possession, et à aucun moment la réflexion ne doit s’introduire dans l’acte créateur.» Fondateur, avec Paul-Émile Borduas, du groupe des «automatistes» de Montréal, cosignataire du manifeste Refus global en 1948, Riopelle subit l’influence d’André Breton et du surréalisme dans la mesure où ce mouvement, libérant l’élan spontané et l’automatisme psychique, était surtout une leçon de révolte et d’indiscipline. Installé à Paris, en 1945, Riopelle rejette toutes les conventions: refusant l’acte technique et conscient, il élabore d’un geste large et vigoureux une œuvre dans laquelle matière et couleur semblent les seuls sujets du tableau. Outre la peinture et la lithographie, Riopelle se consacre à la sculpture, essentiellement le bronze, et travaille la lave émaillée. Variant à l’infini sa manière de peindre, Riopelle change sans cesse de médium et, alors qu’il semble reprendre éternellement le même tableau, celui qu’il réalise est toujours différent. Appliquant la couleur pure sortant du tube en larges empâtements, brisant sa touche à l’aide du couteau, ou au contraire utilisant les transparences infinies permises par l’acrylique et l’aérosol, c’est toujours dans une nature et une réalité omniprésentes que le peintre puise les images qu’il transpose. Qu’elle suggère les vastes territoires du continent canadien, ou les aspects minéralogiques du monde sous-jacent (Chevreuse , 1954, Musée national d’art moderne, Paris; Perspectives , 1956, Tate Gallery, Londres), que le peintre, du même geste impulsif et brutal, se fasse sculpteur, que des Hiboux hiératiques envahissent la toile, que le langage de la Ficelle permette de subtiles variations, ou que celui des Icebergs (1977-1978) joue sur les nuances infinies du noir et du blanc, qu’il évoque celle qui fut sa compagne — le peintre américain Joan Mitchell — dans Hommage à Rosa Luxemburg (1992), un gigantesque triptyque de 45 mètres de longueur, exposé au château de la Roche-Guyon en 1995, ou qu’il grave de minuscules mouches à pêcher (1993), la peinture de Riopelle s’inscrit toujours dans de vastes compositions où se retrouve l’expression généreuse, lyrique et spontanée de l’artiste devant les aspects primordiaux du monde qui l’entoure.
Encyclopédie Universelle. 2012.